Psychomotricité en prévention : pourquoi intervenir tôt
- audeblanchardpro
- il y a 4 heures
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Le métier des psychomotricien est assez mal connu du grand public : on a l'image d'une personne en cabinet, recevant des enfants d'âge scolaire pour des difficultés d'apprentissage... Cette image est correcte mais ne reflète pas toute l'ampleur du champ d'action du psychomotricien. Comme dans toute profession, les enjeux et connaissances sous-jacents à la pratique sont comme le volume immergé d'un iceberg. En découvrir un peu plus, avec comme angle de vue celui de mon expérience propre, sera l'objectif que je me suis donné pour cet article.
Le psychomotricien intervient à tout les âges de la vie
L'étude des liens entre âme et corps a été le sujet de nombreux philosophes, et son champ d’exploration est immense et passionnant. Le soin psychomoteur plus précisément naît dans le milieu psychiatrique dans les années 1900 : comment prendre alors en compte le corps de ces enfants déficients au niveau cognitif, qui montraient aussi des signes corporels de maladresse, d'instabilité ? Ensuite, les progrès de la pédagogie, la psychologie, la biologie, sont à l'origine des grandes théories du soin, dont la psychomotricité découle. En maturation au sein des institutions, ce n'est qu'en 1974 que la profession de psychorééducateur s’officialise, qui deviendra ensuit le métier de psychomotricien 10 ans plus tard.

Le champ d’exercice s’agrandit, les psychomotriciens entrent dans les services de néonatologie, de sauvegarde de l'enfance, de rééducation fonctionnelle, à l'école... Le psychomotricien voit l'enfant dans l'entièreté de son milieu, la famille est en cela intégrée pleinement dans les soins.
Progressivement, le sujet âgé est lui aussi vu par ses accompagnants comme habitant de son corps. Les soins post-chute, en rééducation et remédiation se développent. Aujourd'hui beaucoup de psychomotriciens interviennent en EPHAD par exemple.
Ils sont également de plus en plus nombreux dans le champ de la petite enfance. Le décret de compétences daté de 1988 pointe 4 axes d'intervention, dont celui de la prévention (deuxième point) :
1 bilan psychomoteur
2 éducation précoce et stimulation psychomotrices
3 rééducations des troubles psychomoteurs
4 contribution au traitement de troubles à spectre plus large.
Le psychomotricien en prévention
Dans les études de psychomotricité, notre premier stage se déroule en crèche et en école maternelle, avec pour objectifs d'observer le développement des enfants en action. Nous apprenons ensuite durant 3 années les rouages du développement psychomoteur et ses troubles.
Dans cette continuité, le psychomotricien intervient en néonatalogie, en crèche ou en PMI. En tant qu'expert du développement moteur, cognitif et affectif et avec une connaissance solide de la pathologie, il observe, replace dans la dynamique globale, accompagne et conseille.
Le but du psychomotricien est de tendre vers un développement harmonieux pour le bien être du patient.
Plus précisément, 3 missions lui sont dévouées : dépister, prévenir, guider.
Une fenêtre de plasticité précieuse
Chez le jeune enfant, le cerveau se caractérise par une plasticité particulièrement forte : les réseaux neuronaux, encore en cours d'organisation, se modifient plus facilement qu'à l'âge adulte. Cette plasticité offre une fenêtre d'opportunité importante pour soutenir l'apprentissage de nouvelles stratégies (changer ses postures, sa régulation tonique, son exploration émotionnelle...) et limiter l'impact de certaines vulnérabilités développementales.
Des acquis moteurs, mais aussi émotionnels et sociaux
L'intérêt d'intervenir tôt ne se limite pas aux compétences visibles. Au-delà des performances motrices, l'intervention précoce joue un rôle important dans le développement socio-émotionnel. En aidant les ajustements de l'enfant et ceux de son environnement, en favorise un meilleur accordage. Cela concerne le domaine des émotions, des attentes, du lien...
Par exemple : Lya est une petite fille de 7 mois, bien silencieuse. Dans nos bras elle ne se love pas, reste distante. Et surtout, elle ne regarde pas les professionnelles dans les yeux. On sent son regard qui fuit, glisse. La relation passe au niveau tonique, mais peu par le visage. J'alerte l'équipe et décidons d'un focus sur elle. Un temps d'observation nous amène le constat que sa maman vient à la crèche avec toujours un téléphone dans les mains, et à l'oreille. Les séparations sont fugaces, elle observe peu sa fille. Les pro reprennent cela avec elle et la maman prendra conscience de la distance que peut créer l'écran dans la relation à l'autre. J'incite en parallèle les pro à redoubler les contacts visuels avec Lya. Il faut renouer un lien de confiance, lui faire comprendre que la relation se passe là. Il faut l'accrocher, lui tendre un peu plus la main pour qu'elle s'ancre bien dans la relation.
Petit à petit Lya nous regarde, nous lui parlons, yeux dans les yeux.
C'est à présent une petite fille attentive à l'autre et qui entre dans le langage avec plaisir.
Le dépistage précoce
S'il y a un trouble ou des signes détectés, l'enjeu du dépistage précoce est important : plus rapidement des interventions ciblées peuvent être mises en place, favorisant développement optimal de l'enfant et son bien être.
Il s'agira alors d'orienter la famille vers des soins adaptés comme la kinésithérapie, l'orthophonie... mais aussi les structures médico sociales comme les CAMPS. Les séances de rééducation et de thérapie psychomotrice ont lieu dans un endroit différent de celui du dépistage.
Pour conclure,
Issue d'une histoire où ses domaines d'actions ont aussi été ceux du quotidien et de la "normalité", la psychomotricité agit en limite de la pathologie. En intervenant tôt, on soutient l'accordage entre l'enfant, ce qu'il exprime de lui même, ses fragilités et ses forces, et son environnement, sa famille, la société, afin de mieux vivre ensemble.
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